L’ENQUETE ETOUFEE SUR L’ASSASSINAT DE MAMADOU NDALA

Trois mois après la mort violente du colonel Mamadou Moustapha Ndala – dans des circonstances qui s’apparentent à une exécution -, le 2 janvier dernier, au quartier Matembo, à Béni, le pouvoir kabiliste continue à entretenir le black-out sur les résultats de “l’enquête” menée par l’ancien président de la défunte Cour d’ordre militaire Timothée Mukuntu Kiyana. Proche parmi les proches de “Joseph Kabila”, l’homme officie actuellement en qualité de 1er avocat général à l’auditorat général militaire. Les investigations sur la mort de ce valeureux officier sont ainsi verrouillées par des “hommes du raïs”. Qui cherche-t-on à protéger? “Ce sont des gens très proches de Joseph Kabila qui ont exécuté ce crime odieux. On ne connaîtra jamais la vérité aussi longtemps que le raïs sera à la tête de l’Etat. Le black-out qui entoure l’enquête menée par le général Mukuntu Kiyana en témoigne de manière accablante”. L’homme qui parle est un magistrat militaire. Il se définit comme “un indigné” des “pratiques malfaisantes” du régime kabiliste. Qui a assassiné le colonel Mamadou Moustapha Ndala? Qui a commandité ce crime? Quel en est le mobile? Où en est-on avec l’enquête diligentée dès le lendemain de la tragédie? Des questions qui restent sans réponses. L’homicide s’est déroulé en plein jour dans un espace territorial contrôlé par l’armée congolaise. Flashback. Le 2 janvier 2014, la Jeep transportant le “colonel Mamadou” est pulvérisée au quartier Matembo, à Beni, par une roquette. L’officier conduisait une mission de reconnaissance sur le terrain. Il fut tué sur le coup. Les faits se sont passés devant plusieurs militaires qui y assistaient sans réagir. “Il y a deux cadavres à l’intérieur”, lançait avec nonchalance un des soldats présents. Un cas scandaleux de non assistance à personne en danger. A Kinshasa, le ministre des Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, s’empressait d’imputer cet attentat aux rebelles ougandais de l’ADF-Nalu. “Faux!”. Selon certaines indiscrétions, Mende tenait cette version “frelatée” d’une source “proche” de la Présidence de la République. En fait, la source dont question ne serait en réalité que “Joseph Kabila” en personne. “Les commandants opérant dans les deux Kivu et dans la Province Orientale ne rendent compte qu’au raïs et à personne d’autre”, confiait une source bien informée jointe au téléphone mardi soir à Goma. Dès le vendredi 3 janvier, une délégation de la “police judiciaire”, venue de la capitale, est descendue sur le terrain. La mission de la police judiciaire consiste à passer au peigne fin la scène du crime. Objectif : récolter des indices et autres constatations matérielles pouvant conduire à l’auteur du crime ainsi qu’au commanditaire. Enquête. Pendant ce temps, des sources à Beni pointaient des doigts accusateurs en direction d’un officier de la garde prétorienne de “Joseph Kabila”. La fameuse “Garde républicaine”. Il s’agit du “général Moundos” dont l’identité à l’état-civil serait : Muhindo Akilimali. Celui-ci a déjà été mis en cause dans l’assassinat de l’homme d’affaires Ngezayo Safari Prigogine. Intouchable, il n’a jamais été entendu par la justice. Le crime n’a jamais été élucidé. Affaire classée. Placé en “résidence surveillée” dès le lendemain de son forfait présumé, “Moundos” finira par fausser compagnie aux soldats commis à sa garde dans une villa à Béni. Arrestations. Contrairement à la thèse soutenue par le ministre Mende, on apprendra que plusieurs militaires congolais auraient été arrêtés dans le cadre de cette enquête. Porte-parole de l’armée au Nord Kivu, le colonel Olivier Hamuli parle lui “de simples interrogatoires”. Selon lui, il n’y aurait aucune preuve à charge des militaires interpellés dont le lieutenant-colonel Tito Bizuru dont le téléphone portable a été retrouvé sur le lieu du crime. Il semble qu’il était le premier officier à se pointer sur l’endroit. “C’est un membre de son escorte qui aurait égaré son téléphone”, assurait une source militaire. Le samedi 18 janvier, une scène digne d’un film de Western a lieu à Kinshasa. L’inénarrable Mende annonçait annoncé l’arrestation du capitaine Moïse Banza. Celui-ci était l’aide de camp du colonel Mamadou. Selon Mende, “Moïse Banza était recherché depuis près d’une semaine pour ne pas avoir répondu à l’ordre de retourner à Beni et de se présenter devant la justice militaire”. Son arrestation a eu lieu alors qu’il se trouvait dans un véhicule en compagnie des journalistes français. Banza voulait manifestement livrer sa “part de vérité” sur les circonstances exactes de la mort du colonel Mamadou. L’homme disait craindre pour sa vie. Aussi, voulait-il quitter le pays. Arrêté par des éléments de la garde prétorienne de “Joseph Kabila” armés jusqu’au dents, “Moïse”, un témoin gênant pour le pouvoir kabiliste, serait détenu dans un cachot secret connu de “Joseph Kabila” et ses sbires. Il n’a jamais reçu l’assistance d’un avocat ou la visite de sa famille. Nul ne sait s’il est toujours en vie. Qui conduit l’enquête criminelle? Celle-ci est dirigée par un magistrat à l’impartialité douteuse. Il s’agit du général major Timothée Munkutu Kiyana, 1er avocat général à l’auditorat général de la République. Un cas patent de conflit d’intérêt dans la mesure où l’homme est connu comme un “expert” de la Présidence de la République. Il a servi longtemps au Conseil national de sécurité sous Guillaume Samba Kaputo. On l’a vu fin octobre 2004 à Bruxelles. Il était venu “négocier” le rapatriement des officiers ex-Faz en exil… au nom du chef de l’Etat. C’était sous la transition “1+4”. Réactions. Dans un communiqué publié fin février, la représentation de l’Asadho/Beni (Association africaine des défenses de droits de l’homme section de Béni (ASADHO/Beni) invitait les autorités judiciaires d’accélérer l’instruction de ce dossier “dans la transparence”. Elle proposait au passage qu’un procès public” ait lieu à Béni. Le texte était signé par l’avocat Omar Kavota, porte-parole de la société civile du Nord-Kivu. A Beni même, des voix s’élèvent pour s’inquiéter “du silence sur l’évolution du dossier de Mamadou, 60 jours après son assassinat”. Des activistes de la société civile d’exiger que tous les commandants FARDC déployés dans le district de l’Ituri soient mutés. Le pouvoir kabiliste se mure dans un silence coupable. En attendant, le sang du colonel Mamadou Moustapha Ndala continue à réclamer justice…
Baudouin Amba Wetshi

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