CLAUDE MASHALA CONTREDIT OLIVE LEMBE ET JOSEPH KABILA, FRANCIS KALOMBO ATOMBOKI

ORIVE

PH

La classe politique de la RDC au crible de la critique
S’il pouvait encore chanter aujourd’hui pour notre peuple, le musicien saxophoniste Kiamuangana-Mateta Verckys (Vévé) chantonnerait à l’intention du peuple congolais, en prenant à témoin l’Afrique entière, “Nakomitunaka” (je me demande souvent!). Mais cette fois, il ne se demanderait plus si Dieu est blanc ou noir, et pourquoi dans nos églises les statues sont toutes représentées par des hommes et des femmes de couleur blanche! Non, aujourd’hui, observant l’agonie du peuple congolais, il se poserait la question de savoir où sont ses leaders et que font-ils! Le silence, l’inconscience, l’inaction et l’absence totale sur l’échiquier politique tant national qu’international, voilà où le bât blesse. On peut donc s’en expliquer dans les quelques lignes qui suivent.

1. Le silence n’est pas l’habit d’un vrai leader politique

Joseph Kabila n’est pas aimé par le peuple congolais, dans sa grande majorité. Son silence n’est pas un silence d’or, comme pour faire l’économie d’un discours politique abondant. Non, un leader véritable est l’homme de la parole; il se met au service de son peuple d’abord par le contact et la complicité qu’il doit établir avec lui, et il lui propose un projet qui met en valeur les intérêts de la population. Ce n’est pas en décrétant les cinq chantiers qu’on lui a fabriqué et qu’il n’a pas été capable d’incarner que Joseph Kabila peut être appelé leader politique. Il ne l’est pas, il ne l’a jamais été, parce qu’il n’a pas le gabarit d’un homme politique. L’habit dont il a été habillé est trop grand pour lui. N’étant donc pas porteur d’un message à son peuple, Kabila est une fabrication du monde des multinationales et des prédateurs, dont le rôle n’est pas de diriger, mais de semer la terreur par la mort et l’insécurité permanente, la paupérisation, la liquidation de l’élite intellectuelle congolaise, le massacre de l’éducation de la jeunesse afin qu’il n’y ait pas d’avenir pour la République Démocratique du Congo.

Pour bien comprendre ce que nous disons là, rappelons que le rêve politique de Patrice Lumumba pour son pays était dans la force de la parole et de ses convictions face au peuple; par contre, le premier président Joseph Kasa-Vubu aurait pu mieux faire, mais son mutisme l’a éclipsé totalement devant le monde et devant son électorat. Par contre, Joseph-Désiré Mobutu savait tenir les foules en haleine par ses discours fleuve; et on a retenu de lui qu’il fallait aimer son pays et ses chefs pour pouvoir exister sur la scène internationale. Ce fut une parole audible et cela a fait de lui un grand leader africain, l’un des plus écoutés de son temps dans le monde.

Laurent Désiré Kabila qui a vécu l’espace que vit la rose, l’espace d’un matin, a fait peur, car il avait une parole de chef digne de représenter le grand Congo, bien qu’aujourd’hui la communauté internationale l’a mis à genoux.

Aujourd’hui, la classe politique congolaise, toute tendance confondue, en dépit de quelques mots qui nous parviennent comme en écho, reste muette; car elle n’a pas de projet véritable, crédible et mobilisateur. Au contraire, à cause d’une certaine inconscience invétérée, nos politiciens ne se comportent pas en vrais leaders; ils sont malgré eux, poussés à se comporter comme des clients qui doivent mendier un espace politique non pas auprès du peuple, mais auprès d’un dictateur, d’un tueur à gage, d’un bourreau qui est payé pour cela.

2. Agir comme des hommes libres et adultes

L’opposition congolaise peut trouver une certaine crédibilité et légitimité à travers le seul Etienne Tshisekedi, car ce dernier est resté un farouche opposant au dictateur Mobutu. Avec ya Tshitshi, comme on dit, l’opposition congolaise unie aurait pu avoir un destin plus heureux, car elle a un discours audible et mobilisateur: le projet d’une nation démocratique et libre, travaillant à son progrès social! Et cela était bien l’attente d’un peuple congolais après tant d’années de dictature et de gabegie en matière de gestion de la chose publique. Le dernier rendez-vous électoral du 28 novembre 2011 en est la preuve: le peuple a sans aucun doute porté son choix sur Etienne Tshisekedi, mais en politique et surtout en temps de crise, il eût fallu à toute l’opposition, de prendre option pour un combat d’union qui ferait la force d’une nation cherchant à se ressaisir. Ce ne fut pas le cas. Ici, il ne faut pas trop s’en prendre au leader de l’UDPS qui est resté constant dans sa lutte; mais on aurait pu, avec lui, préparer une bonne transition qui devait faire émerger des jeunes politiciens épris de liberté, d’amour patriotique et de maturité politique. Au lieu de tout cela, chacun a cru que pour guérir la République Démocratique du Congo de son cancer, il lui fallait quelques aspirines seulement. Grossière erreur de stratégie, dont le peuple paie cruellement aujourd’hui les pots cassés.

Le “nakomitunaka” évoqué au début de ces réflexions peut aussi nous interpeller sur ce que les Congolais et Congolaises sont et représentent comme humains. Un diplomate occidental a dit que “les Congolais n’ont pas le sang arabe”, et à partir de cela, une autopsie des comportements a été réalisée: on est peureux, amnésiques à notre histoire, qui pourtant devrait nous donner courage et fierté pour poursuivre notre lutte de libération, sans fatalisme et sans trahisons. Au fond, on peut se demander si la préoccupation majeure des Noirs de l’époque coloniale n’a pas élu domicile dans nos mentalités, à savoir: ne nous préoccuper que du manger et du boire. On a écrit cette sentence qui fait la honte à notre peuple: “NIGRI SEMPER DE CIBO LOQUNTUR”

Les Congolais et les Congolaises seraient dès lors les fidèles porteurs-étendard des Noirs, parce qu’ils sont reconnus pour des gens qui aiment jouir et qui se contentent, sans travailler, d’avoir l’argent facile. Et ceci ouvre la porte à la paresse, où l’on devient plus vulnérable, proie facile aux sollicitations des corrupteurs, même s’il faut trahir son pays. En outre, on se comporte comme si le colonialisme a fait des ravages en nous, jusqu’au point de vivre encore aujourd’hui comme aliénés, tremblant devant l’homme blanc et mettant sa tête dans sa poche.

“Nakomitunaka”, quel genre d’humains sommes-nous et comment sortir de la zone de mort où nous nous sommes précipités nous-mêmes?

3. Bannir toutes les formes d’égoïsme

L’égoïsme tue l’idéal et l’amour patriotique. La R.D.C. est loin de ce qu’elle fut il y a quelques années: elle a eu une armée républicaine qui était respectée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières. Ce sont les Congolais eux-mêmes qui ont largement contribué à son démantèlement, et nous voilà du coup sans défense aujourd’hui. Tshisekedi a beau être le vainqueur des élections, mais que ferait-il pour imposer son leadership sans imperium! Quant à Joseph Kabila, bien que n’ayant pas gagné les élections, c’est pourtant lui que des Congolais aident à asseoir son pouvoir d’oppression pour quelques sous!

On n’est pas des aliénés, on n’est plus des mineurs, on n’est pas des imbéciles et des sots, on n’est pas des lâches, mais on fait comme si on était ainsi dans la réalité. Oui, la R.D.C. est orpheline de Lumumba et de tant de ses fils et filles valeureux, qui avaient une voix audible, une voix de liberté, de fierté et de dignité. Oui, elle est orpheline de ses hommes de devoir, d’amour et de travail consciencieux; avec leur disparition, ont disparu aussi notre compagnie nationale aérienne, notre compagnie maritime, notre armée arc-en-ciel, nos prestigieuses universités, et nos parcs respectés. Tant de sang a coulé, cela ne suffit pourtant pas aux Congolais d’aujourd’hui pour une relève digne de ce nom. On préfère lécher les pieds d’un prédateur qui distribue des miettes de ce qu’il nous vole, on préfère devenir le chantre d’un raïs incompétent et traître pour ne dire que cela!
A quand le réveil, à quand la prise de conscience et l’engagement définitif pour la cause du Congo notre famille, notre maison, notre territoire tant convoité! A quand la fin de l’imposture dans l’imposture de Joseph Kabila?

“Nakomitunaka”: pourquoi sommes-nous si bavards pour rien, et que l’action reste aux mains de nos ennemis?

Bamba-di-Lelo
Docteur en Sciences politiques de l’UCL
Analyste des questions politique du Congo

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