RDC: des révélations gênantes pour la famille Kabila à la Une d’un journal belge.

Corruption au Congo: les preuves qui accablent le régime Kabila

PAR XAVIER COUNASSE ET COLETTE BRAECKMAN

Jean-Jacques Lumumba, ex-employé d’une banque proche de la famille. Kabila, dénonce des pratiques de corruption dans l’entourage du président. Il a confié au « Soir » de nombreux documents compromettants. Les documents mouillent le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila ©Reuters

Les documents mouillent le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila

Barbe bien taillée, manteau de pluie, le Congolais de haute taille qui franchit les portes du Soir voici quelques jours semble courtois, sinon inoffensif. Cependant, dans sa serviette de cuir, c’est une bombe qu’il transporte et qu’il dégoupille avec des gestes tranquilles et assurés : des documents qui démontrent des malversations et des détournements de fonds commis par d’éminents membres de la « galaxie Kabila », des membres de la famille ou des proches du chef de l’État, jusqu’à présent considérés comme intouchables.

Notre interlocuteur commence par se présenter, par expliquer ses motivations. Son nom déjà est tout un programme : « Je m’appelle Jean-Jacques Lumumba, fils de Louise Lumumba, une nièce de Patrice. Mon grand-père en ligne directe était le jeune frère de Patrice, Louis Richard, mais je considère le Premier Ministre, assassiné en janvier 1961, comme mon véritable grand-père, ma référence. Jamais je n’ai fait de politique, cela ne m’intéresse pas. Moi, je suis un banquier. Après des études d’économie à Kinshasa, j’ai entamé un MBA (Master of business) en France et au début de cette année, j’ai été promu à la banque BGFI, comme chef de département des engagements ». BGFI Bank est l’une des principales banques du Congo, partiellement détenue par la famille présidentielle. Détail croustillant : à Kinshasa, le patron de la BGFI s’appelle Francis Selemani Mtwale… un « membre de la famille » du président Kabila, qui fait partie de son cercle rapproché.

Au poste qu’il occupe, Jean-Jacques Lumumba voit passer de bien douteuses opérations. Lorsqu’il se décide à communiquer son malaise au directeur, ce dernier lui répond avec violence : « il m’a quasiment menacé de mort, m’a enjoint de me taire ». Le responsable des engagements fait alors profil bas, mais dans son for intérieur, l’indignation monte : « ce que je voyais filer, c’est l’argent du peuple, l’argent destiné à financer les élections et qui avait été déposé sur un compte par le gouvernement. J’ai alors pensé à mon grand-père, à son combat, à ses principes. J’ai trente ans, je ne veux pas toute ma vie traîner le boulet d’avoir été complice de ces malversations… »

Jean-Jacques Lumumba, discrètement, se met alors à photocopier les documents les plus parlants. Des documents, datés et signés, « qui dévoilent le cœur du système de corruption qui gangrène la République démocratique du Congo ». Et puis il prend l’avion pour l’Europe, le train pour Bruxelles et, sa liasse de feuillets dans une serviette d’allure banale, il débarque au Soir en vérifiant bien s’il n’est pas suivi. Il assure, avant de dévoiler son butin : « Vous pouvez me citer, j’ai pris ma décision, aujourd’hui même je démissionne. »

Et d’exhiber une lettre adressée au directeur général de la banque, Francis Selemani Mtwale et au directeur général adjoint, Abdel Kader Diop, dans laquelle il conclut froidement « fort de toutes ces basses manœuvres et dans le souci de préserver ma santé, mon intégrité, ma sécurité, ma réputation et surtout mon professionnalisme face à un environnement de travail jonché d’embûches placées volontairement par certains, je dépose ce jour ma démission au sein de la BGFI Bank RDC SA sans préavis, pour faute lourde de l’employeur et je reste dans l’attente de mon attestation de fin de service. »

S’adressant à nous, il lance, comme par défi : « tous les documents sont là, authentiques, vous pouvez me citer… »

Prudence oblige, durant des jours, nous avons pris la peine de faire expertiser le dossier par des spécialistes indépendants, de bons connaisseurs du Congo. La conclusion fut unanime : « L’authenticité des documents ne fait aucun doute. C’est explosif, c’est du béton… »

Un extrait d’un rapport d’audit de BGFI Bank réalisé par PwC, qui illustre parfaitement l’opacité de certains paiements réalisés par la banque. Bizarrement, ce paragraphe aurait disparu du rapport final de PwC.

Un extrait d’un rapport d’audit de BGFI Bank réalisé par PwC, qui illustre parfaitement l’opacité de certains paiements réalisés par la banque. Bizarrement, ce paragraphe aurait disparu du rapport final de PwC.

Extrait des mouvements sur l’un des comptes de la Ceni, sur lequel on observe d’étranges retraits par chèque. Bizarrement toujours, les montants retirés sont particulièrement arrondis, avec au minimum cinq zéros à la suite.

Extrait des mouvements sur l’un des comptes de la Ceni, sur lequel on observe d’étranges retraits par chèque. Bizarrement toujours, les montants retirés sont particulièrement arrondis, avec au minimum cinq zéros à la suite.

Postee par FK

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