BASI YA BALUBA BOYOKA NZEMBO OYO TE, PARDON. (UNWANA TSHINYI ?)

DE L’ORIGINE DE « MUTUASHI »: UN FAUX MYTHE DE LA CULTURE LUBA

Nous allons essayer de voir les différents courants du folklore luba. Ils ne seront pas complets.

Mais nous avons fait appel à nos souvenirs directs et indirects. Nous situerons le phénomène « mutuashi » dans son contexte historique. Nous nous attendons à être contredits et complétés. Et ceci dans l’esprit « mbokatiste ».

1. Rythmes, danses et musiques du folklore luba.

L’ethnie ou la tribu luba, à l’instar des autres composantes de la grande société congolaises, a ses mythes, ses légendes, ses danses, ses chansons, ses rites etc…A l’occasion de divers événements de la vie, ces expressions culturelles se manifestent. Que ce soit pour la naissance des jumeaux ou d’autres enfants à titre, les cérémonies de deuil, les mariages, la première communion et les baptêmes, bref pour toute circonstance sortant de l’ordinaire. Nous avons toujours entendu nos ainés, nos parents, selon ces cérémonies, s’enquérir auprès de leur entourage pour savoir qui est le spécialiste de telle expression folklorique. Ceci afin de retenir le musicien traditionnel qui chante ou identifie mieux cette expression folklorique liée à l’événement qu’on va célébrer. Il ne nous souvient pas d’avoir entendu se renseigner ou chercher un musicien luba spécialiste d’un courant musical traditionnel dénommé « mutuashi », ou un pas de danse portant ce nom.

Voyons quelques rythmes liés à certains rites luba:

a) Misambu ya bilumbu ou les « mua Mulopo »: c’est un rite répandu partout au Congo. Il est communément appelé « zebola » ailleurs. Les chansons liées à ce rite sont très difficiles à chanter par les communs des mortels. Seuls les initiés à cette pratique interprètent ces chansons. Et ils le font pour entrer en transe ou pendant qu’ils sont en transe. Ce sont des chansons souvent inspirées par les esprits qu’ils invoquent. Ces chansons sont comme des hymnes à ces esprits pour les invoquer. Raison pour laquelle elles n’étaient pas chantées par n’importe qui. Du reste chaque « mua Mulopo » a ses chansons « de mikendi ». Ces rites sont souvent exercés par les femmes.

b) Kasala. Le kasala c’est tout un art de louer, d’élever et d’exalter le « moi intérieur » d’une personne. Les principaux artistes virtuoses de ce courant étaient souvent à la cour de grands rois luba. Ils étaient le drapeau et présentateur attitré du roi et de sa lignée. Ce sont eux qui vantaient les hauts faits de guerre et de bravoure du roi et de son clan. Ils étaient toujours de chaque déplacement du roi. Ils stimulaient aussi les guerriers. Leurs chansons laissaient très peu de place à la peur. D’ailleurs, ils ne chantaient pas n’importe quand, ni n’importe comment. Ceci parce que leurs louanges touchaient l’être intérieur. Et il n’était pas rare que le roi ou la personne chantée en kasala cherche le sang ou tranche la tête de quelqu’un. Cette pratique s’est vulgarisée et a évoluée avec le temps. Certains d’entre nous se rappelleront qu’à certaines fêtes luba ils ont déjà vus des papas ou mamans baluba très bien habillés et dignes subitement se cabrés et devenir « fous » parce qu’un musicien les chantent…et dans cette frénesie, ils cherchent de l’argent à offrir au musicien qui les chante ou à jeter au public. C’est juste un résidu de kasala que certains parviennent à restituer de nos jours. Chez nos frères Kuba, il était très dangereux de chanter les cantiques de kasala pendant que l’empereur est avec ses guerriers « yole ». Les vrais musiciens luba de cette expression sont très rare de nos jours. Et quand il y en a, c’est au fin fond du Grand Kasaï qu’il faut les dénicher. La dernière spécialiste connue de ce courant était Masengu « Touring ». Touring, c’est la marque d’un vélo très célèbre dans les années ’60. Ce vélo était la marque Mercedes des vélos de l’époque. Il faudrait rappeler ici que la possession d’un vélo, à l’époque, était un luxe. Et le savoir de cette dame était une qualité de luxe de même niveau que cette marque de vélo. D’où on l’appelait Masengu « Touring ». Je reviendrai plus loin, dans cet article, au drame que vécu cette dame à cause de son art…

c) Les pleureuses ou « bedi ba miyenga ». Cette catégorie était spécialisée pour les deuils. Elle est constituée principalement des femmes. Elles louent le disparu ou la disparue par rapport à son oeuvre terrestre ou sa lignée clanique. Elles pleurent à des heures fixes ou chaque fois qu’ils y a un groupe qui arrive au deuil en pleurant. Dans le deuil luba, on pleure systématiquement à l’aube. L’heure où l’esprit et l’âme sont disponibles à une introspection. Si les pleureuses sont à un deuil, l’émotion, le regret et la mélancolie de la personne disparue qu’elles suscitent à cette heure matinale sont gigantesque…et souvent les coeurs se retrouvent en lambeaux. C’est une catégorie qui est aussi très rare de nos jours. Toutefois dans la plupart de familles luba, il y a encore des tantes, des cousines qui s’essaient encore à cet art avec quelque succès. Mais c’est au village qu’elles existent encore. Quand à ici en Europe, il ne faut pas rêver…il n’y en a pas.

 

d) Misambu ya lutuku ou le tshinkimbua. Ici, nous avons un courant musical qui concerne les ados et les jeunes gens. C’est dans ce courant que souvent les musiciens modernes du Grand Kasaï puisent leur inspiration. Ces chansons sont accompagnées des pas de danse liés à la sexualité. Normal, à cet âge, tous les jeunes découvrent et font l’apprentissage de la sexualité. C’était des jeux qui se pratiquaient loin des vieux et des aînés. Et on ne fredonnait pas ces airs en présence des parents. Il y avait mêmes des concours entre groupes de jeunes de différents villages. A un certain âge on sortait de cette catégorie. Nous pouvons rapprocher ou comparer ce courant avec les groupes de jeunes de Kintambo avec les bana Odéon Carnaval…

e) Misambu ya tshikuna. Il s’agit d’un type de folklore qui est plus pratiqué par les Luba lubilanji. Ce courant folklorique a mis beaucoup de temps à s’imposer. Il était souvent considéré comme un intrus bâtard dans le folklore luba. De la pseudo musique folklorique luba en quelque sorte. Les groupes qui pratiquait ce courant musical folklorique étaient plus ou moins structurés. Ils se scindaient pour tout et pour rien. Son principal artisan s’appelait Kabala Ngomba « lua kadia binunu ». Il y a en eu d’autres. Le musicien le plus représentatif et le plus connu de ce courant c’est notre Ngeleka Kandanda. Le parcours de ce musicien traditionnel, qui a beaucoup vulgarisé ce courant, est très riche d’enseignement…Son talent et sa perspicacité l’ont conduit des villages du Kasaï jusqu’à Bruxelles, en passant par le ballet national à Kinshasa.

d) Nshiba ne madimba – flûtes et xylophones. Les groupes qui ont puisé dans cette catégorie sont les Ba Yuda et Madikas.

e) Les chansons catholiques, protestantes et les bapostolo. Nous parlons bien entendu des chansons appartement à ces religions, mais chantées sur le rythme du folklore luba.

2. Origines de mutuashi.

La langue tshiluba, comme toutes les langues de notre Congo, a plusieurs variantes et accents. Ceci selon les zones géographiques, les catégories sociales etc. Nous allons essayer de voir les origines du mot « mutuashi » et la confusion sur son appartenance à la langue tshiluba. Nous allons, pour cela, voir le sens des mots ayant entraîner ce phénomène.

  1. Le verbe, mot ou terme Kusanda.

Dans le tshiluba, du Katanga jusqu’au Kasaï, ce mot a 3 sens:

  • Amener ou apporter quelque chose. Par exemple: « nsandila mayi a kunua» veut dire « amènes-moi de l’eau à boire » ou « nsandila tshibasa » veut dire « apportes-moi le banc ». Ce mot, dans ce sens, est très peu utilisé de nos jours en tshiluba.
  • Le terme qui désigne un petit vers de terre « kasanda ».
  • Le verbe « kusanda » qui signifie forniquer. Nous pensons qu’il faut parfois dire les choses clairement. Que ceux que le mot heurte nous excuse. Nous sommes obligés d’expliquer les choses crûment.
  1. Le verbe « mutua » ou « ku mutua »

« Mutua » veut dire piques-le. « Kutua » veut dire piquer ou « ko tuba » en lingala.

Nous allons voir comment ces deux mots ont évolué pour aboutir à la création du mot « mutuashi ». Mot qui est à consonance luba, mais qui n’appartient pas à la langue luba. Ceux qui connaissent le tshiluba, savent qu’il existe un style de parler cette langue qui est pratiqué dans l’espace du Grand Kasaï. Ce parlé consiste à finir certains mots ou terme par la lettre « s » avec apostrophe. Par exemple « ngambila’s » au lieu de ngambila » pour dire « dites-moi ». Ou encore « katuka’s » au lieu de « katuka » pour demander à quelqu’un de vider les lieux. Alors ceci appliqué au terme « mutua », qui veut dire piques-le, donne « mutua’s ».

Nous arrivons dans les années 1965. Dr Nico Kasanda avec Rochereau Tabou sortent une chanson intitulée « bia ntondi Kasanda » (Kasanda, j’en ai marre). Et dans cette chanson ils font un jeu de mots lié au nom de « Kasanda », avec des sous entendus aussi… « bia kutondi mbinganyi ? » questionne une dame dans cette chanson. Et Nico de répondre « si malu a Kasanda ». Et dans la chanson, il y a un cri de relance « mutua’s, muendela’s ». Nous pourrons traduire par « piques-la, prends-là ». mais il faut préciser le « muendela’s » est un terme soft pour évoquer l’acte sexuel en tshiluba.

Nous avons grandi avec ces jeux de mots que nos parents faisaient quand cette chanson était sorti. Mais nos compatriotes d’autres tribus, dans leur façon de comprendre, de prononcer « mutua’s, muendela’s » ont dérivé vers une formule qui se déclinait en « mutua’shi, muendela’shi ». Aujourd’hui cette évolution abouti au terme « mutuashi ». Nous voulions montrer que ce vocable est issu de trois conjonctions:

  • le sens des mots utilisés;
  • un style de la langue tshiluba;
  • une déformation dans la prononciation.

Nous pouvons nous interroger, à juste titre, de ce « mutuashi » qui serait de la culture du Kasaï. Avant qu’on nous couronne des reines dans cette « discipline » du Kasaï, n’oublions pas qu’il y a eu des musiciens de cette contrée du pays qui ont chanté le folklore de leur patelin. Souvenons-nous de Maman Tshibola. Elle fut une prestation très remarquée à la Télé du Zaïre dans les années 1975. Elle chanta « mbadi muina mu mpata ya metu » et autres. Il y a eu Kabasele Tshamala, Grand Kallé, avec « mpamba wa bitola » et « Mbombo mulengela » sans oublier le fameux « kamulangu »…dans les prestations de ces artistes, et d’autres encore avant le titre « bia ntondi Kasanda », on n’a jamais entendu dire qu’ils jouaient ou chantaient du « mutuashi ». Si on dit que le « mutuashi », est un coup de rein, alors depuis quand le coup de rein de quelqu’un se transforme-t-il en une expression culturelle de toute une tribu ? Ngeleka Kandanda avait aussi un coup de rein ravageur…mais son coup de rein ne s’appelait pas « mutuashi ». Pour encore être plus clair, le mot « mutuashi » n’existe pas en langue luba. Que celui qui en connait le sens nous le dise. Même la reine de la discipline. Dans les années 1970, l’oncle Jogo et l’orchestre Comet Mambo de Matadi sortirent un titre où ils chantaient « koba, koba, koba yandi ngolo, yandi kele mpangi na nge ve, koba yandi… ». Quel remous cela fit! Et ils firent vite rappelés à l’ordre. Etait-ce de la culture yombe ? Certainement le Congo n’était pas encore aussi dépravé comme aujourd’hui.

Nos artistes ont , parfois, puisé leur inspiration dans notre folklore. Pour être plus clair, bon nombre d’entre nous connaissent la chanson « kasala » de Rochereau avec l’African Fiesta. Peut-on dire que cette chanson c’est vraiment le kasala tel qu’il est chanté chez les Baluba ? Absolument non. Rochereau chante un problème social. Mais il a intitulé sa chanson « kasala ». Mais elle n’a rien à avoir ni avec le rythme, ni avec la profondeur du « kasala » tel qu’il est pratiqué au Kasaï. Dans cette chanson, Pascal Tabou Sinamoya Rochereau revient sur les cri « mutua’s, muendela’s » plusieurs fois. Si on écoute Maman Masengu « Touring » dans ce style, c’est autre chose. Cette dame était la dernière cantatrice de ce courant folklorique. Et ses talents lui valurent beaucoup de problèmes. Et pour cause ? Lors d’une visite de notre guide de maréchal à Mbuji-Mayi, les propagandistes du régime allèrent chercher la brave dame pour louer notre président fondateur. Ils ne s’étaient pas trompés. C’est dans de telles occasions que ces musiciens traditionnels prestaient leurs talents. Et Maman Masengu dans ses louanges au guide, elle en fut une qui ne plut pas aux gens de la Mopap (mobilisation et propagande du président Mobutu). En effet, elle chanta « Mobutu wetu wa badiadia nshima bimansha bitonga ». Ce qui veut dire « notre Mobutu, issu des gens qui mangent la semoule et jettent les assiettes »…allusion aux chikwange. Mais les propagandistes kasaïens du régime se souvinrent d’une chose. Ils se souvinrent qu’il y a des Kasaïens qui tiennent nos compatriotes du fleuve pour inférieurs à cause du fait qu’ils mangent des chikwange. Et le lien était vite fait d’outrage et insulte au guide fondateur. La pauvre dame fut interdite de chanter définitivement…Ainsi allait le Congo (Zaïre) du maréchal Mobutu. Un dernier mot sur le kasala. Même les chansons du griot Kapia Mukenga ne sont pas de cette catégorie. Kapia était un poète.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que le rythme « mutuashi » et tout ce qui va avec est une récupération artistique de l’inspiration de Dr Nico et du Seigneur Rochereau pour un business musical. Dans le folklore et la culture luba, il n’y a aucun rythme musical qui s’appelle « mutuashi ». Qu’il y ait des reines dédiées à ce business, c’est normal. Et ceux qui continuent à croire à ce pseudo folklore luba, le font par ignorance. Le contenu qu’on en donne est contestable et discutable. Et ceux ou celles qui continuent à se tresser des couronnes de reine, ils le font par pur mercantilisme. Mais dans la culture luba, le « mutuashi » n’a jamais existé ni comme danse, ni comme rythme, ni encore moins comme vocable tshiluba. Il est juste question de rétablir une vérité culturelle dans l’esprit des gens. Et pour ce faire, il faut mettre de côté tous les ersatz musicaux qui tentent de s’agglutiner sur une tradition. Pour appuyer notre propos, nous avons accompagné nos écrits des chansons « bia ntondi Kasanda » de Nicolas Kasanda et « Kasala » de Pascal Tabou.

Claude Kangudie

mbokamosika.com

UNE SELECTION DE YVES MALOU PAPA DE BEBE

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