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Afrique : Faux-prophètes et charlatans de la Fin des Temps

 

Il n’est pas de symptômes plus saisissants de la décadence des sociétés africaines que l’effrayante prolifération des églises de réveil.

Aucun pays africain n’est épargné par le phénomène des nouvelles sectes religieuses qui s’y implantent et s’y développent à un rythme qui échappe à tout contrôle. Couples brisés, familles divisées, enfants abandonnés: son ampleur est tel qu’il s’agit bien d’un véritable fléau social aux conséquences aussi dévastatrices que la pandémie du SIDA.

Au nom de Dieu et… du fric!

Au nom de Dieu et… du fric!

Alors qu’elle est en recul un peu partout dans le monde, la foi connaît un regain de santé sur le continent africain grâce aux « Églises de réveil » dont le nombre se chiffre à plusieurs dizaines de milliers. A leur tête, des pasteurs, dont la plupart surfent sur la misère des populations, sur le dos desquelles ils s’engraissent. Réduisant la religion à un véritable business, une entreprise financière aux bénéfices considérables nets d’impôts. Plongée dans un monde où Dieu sert souvent d’alibi pour tondre les brebis.

Encore timide dans les années 1970-1980, le développement des églises dites de réveil  — et « non des sectes », tient à souligner un pasteur togolais —, a pris des allures de déferlante après l’échec des fameuses politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions de Bretton Woods dans la décennie 1990. Celles-ci ont en effet eu pour conséquence le désengagement de l’Etat dans bien des secteurs des sociétés africaines avec les privatisations, la réduction drastique des budgets en matière de services publics comme l’éducation, la santé et bien d’autres, l’augmentation des inégalités et de la pauvreté, etc. Résultat : les populations ont perdu toute confiance en l’Etat et se tournent vers la religion. Notamment vers les nouvelles églises, qui se développent à la vitesse grand V surfant sur le « désarroi » des populations. Profitant aussi de la parole retrouvée avec la fin de la période des partis uniques.


Redeemed Christian Church of God, Annual Convention, Camp Ground, Mowe, outskirts of Lagos, Nigeria.

Redeemed Christian Church of God, Annual Convention, Camp Ground, Mowe, outskirts of Lagos, Nigeria.


Issues à la fois de mouvements évangéliques, pentecôtistes, charismatiques et prophétiques, elles poussent comme des champignons. D’Accra à Yaoundé, en passant par Abidjan, Lomé, Cotonou, Libreville, de Kinshasa au Cap, Brazzaville, Bujumbura, etc., ce nouveau christianisme conquiert de plus en plus de terrain avec des fidèles de plus en plus nombreux. Au point de talonner désormais les communautés des « Eglises traditionnelles » d’Afrique subsaharienne.

Mouvement pour le rétablissement des Dix Commandements de Dieu, Eglise de l’armée de l’Eternel, la Vraie Eglise du vrai Dieu, Eglise du Seigneur Jésus-Christ, Eglise du christianisme céleste, Armée de résistance du Seigneur, Eglise du 7è jour, Deepen Life, Born Again, Ministère Va et Raconte, The Synagogue, Church of All Nations, Bethel, Shekina, Ministère du combat spirituel, Eglise du Plein Evangile, Nouvelle Jérusalem, Chapelle des vainqueurs, Assemblée chrétienne Christ lumière des nations… la liste des Eglises évangéliques — des dizaines de milliers — est aussi longue et variée que la voie qui conduit à la vie éternelle et au bonheur ici-bas que promettent les pasteurs. Faute de règlementations, tout individu peut créer une église et s’autoproclamer « Pasteur », « Berger », « Guide », « Prophète », « Commandeur », « Bishop »…

Débouché

Dans un continent où les taux de chômage frôlent les sommets, créer une église est devenu un débouché sur le marché du travail pour certains jeunes diplômés et autres « esprits malins » qui ont senti le bon filon. D’autant que « l’entreprise » ne nécessite pas un gros investissement au départ. Deux bancs et une table, un hangar livré aux quatre vents, une usine désaffectée, un salon d’appartement… suffisent à bâtir un lieu de culte.

Alors, le long des grandes artères ou des petites rues défoncées des villes et villages africains, les églises se suivent comme des grains de chapelet. Sans qu’aucune autorité officielle n’en connaisse exactement le nombre dans son pays, faute souvent de règlementations légales. Et quand elles existent, elles sont loin d’être respectées. «  J’ai reçu l’appel de Dieu pour créer mon Eglise, la loi divine est au-dessus de la loi des hommes », confie Paul Ndzana, pasteur de l’Eglise du Dieu vivant au Cameroun, ajoutant qu’il faut d’abord « obéir à Dieu avant d’obéir aux hommes ».

On dénombrerait aujourd’hui plus de 8 000 Eglises évangéliques pour la seule ville de Kinshasa. Au Cameroun, alors que seules 48 Églises sont autorisées, la capitale, Yaoundé, compterait à elle seule 500 Églises clandestines. Le Bénin, pour sa part, abriterait près de cinq mille de ces nouvelles Églises, et Brazzaville quelque cinq cents.

Mais ces chiffres sont loin de refléter la réalité, faute de statistiques fournies par les spécialistes des religions ou les autorités étatiques. Certaines de ces églises n’ayant jamais déposé de demande de reconnaissance, et leurs déménagements, disparitions, changements de dénomination, scissions, étant fréquents, on a affaire à un paysage très mouvant. Au gré des retombées sonnantes et trébuchantes. Et des gogos à piéger.



« C’est notre sincère prière qu’en nous rendant visite à l’Église de Dieu le Réveil, vous trouviez une solution à vos problèmes ou tout simplement une famille qui vous accepte et fasse renaître en vous l’espoir d’une vie puissante en Christ, Jésus ! », annonce sur son site Internet l’Église de Dieu le Réveil (EDR), en Belgique.

« Vous manquez de travail, d’affection, d’horizon pour progresser ? Venez chez nous et nous vous tirerons d’affaire. Vous ne parvenez pas à décrocher le baccalauréat, la licence, la maîtrise ? Quoi de plus simple : nous vous garantissons un succès rapide », affiche une Église évangélique camerounaise pour attirer le chaland. Euh… pardon, les fidèles !

Un credo en prise directe sur la vie quotidienne, qui surfe sur le chômage, la maladie, la misère des populations délaissées par l’Etat. Les Eglises dites de « réveil » se substituent à ce dernier et promettent, outre le paradis, bonheur, fortune, guérison, paix du cœur et bien d’autres choses encore. Et la mayonnaise prend, car ils sont de plus en plus nombreux ceux qui croient y trouver des solutions à leurs angoisses socioéconomiques, financières ou métaphysiques.

Reste que tout cela a un coût. Mais quand on aime, surtout Dieu, on ne compte pas et les « Eglises éveillées » sont devenues de véritables pompes à fric — « Ce que tu donnes sur Terre, Dieu te le rendra au centuple. » — dont profitent allègrement les pasteurs autoproclamés, qui amassent de véritables fortunes. Même si la plupart des évangélistes sont souvent traités d’escrocs notoires, les fidèles n’hésitent pas à mettre la main à la poche, espérant voir un « miracle » se produire pour résorber tel ou tel autre problème. Entre Christ roi et fric roi, la frontière est illisible.

Tarifs

En Côte d’Ivoire, oublieuses de la sacrosainte charité, certaines Eglises affichent des grilles tarifaires pour les différentes prières d’intercession. Toute femme voulant guérir de sa stérilité devra préparer entre 100 000 et 200 000 F CFA. La prière pour réussir à un concours tourne autour de 50 000 F CFA. Les candidats à l’aventure doivent débourser entre 100 000 et 150 000 F CFA pour obtenir un visa. Devenir riche se négocie à partir de 300 000 F CFA.

« Il y a quelques mois, je suis allée avec mon fils à une croisade de guérison. Dès l’entrée, on nous a remis des enveloppes en nous demandant de donner à Dieu. Les prières ont été faites en fonction des montants. L’orateur a d’abord demandé à ceux qui avaient mis au moins 100 000 F CFA dans leur enveloppe de monter sur l’estrade. Puis ce fut le tour des 50 000 F et plus. Pour nous qui avons donné 500 ou 1000 F CFA, il nous a dit de rester dans la foule. J’ai trouvé cela révoltant », raconte Nadia Koffi, opératrice de saisie à Abidjan. « On ne vient pas dans la maison de Dieu les mains vides », souligne un pasteur d’Afrique centrale.

Au Congo-Brazzaville par exemple, il faut débourser 200 000 F CFA (environ 305 euros) pour faire son entrée à l’Association Louzolo Amour O.P.H., une église congolaise, et impossible d’espérer bénéficier de l’action du Saint-Esprit tant que la totalité de cette somme n’a pas été versée. Dans d’autres églises, à l’inverse de ce qui se pratique dans les « églises traditionnelles », les quêtes s’effectuent essentiellement avec de grosses coupures de billet. « Un business qui marche », confie le pasteur d’une Eglise évangélique de la capitale gabonaise où un culte peut rapporter près d’un million de francs CFA en terme d’offrandes, dîmes et toutes formes de donation, car « nous avons des ministres, des directeurs généraux, enfin… tout le monde comme client », insiste le pasteur.

Les « Églises de réveil » sont un business lucratif et le plus court chemin pour amasser des fortunes. Du Cameroun à la République démocratique du Congo (RDC) et au Congo, de la Côte d’Ivoire au Nigeria, les pasteurs roulent carrosse et sont à la tête de véritables entreprises qui n’ont pas toujours à voir avec la religion. De véritables hommes d’affaires surfant sur la misère de milliers de personnes qui ne savent plus à quel saint se vouer et passent pour des gogos que leurs « bergers » pressurent sans foi ni loi, jusque dans leur dernier retranchement, les amenant parfois à vendre leurs biens ou à les « offrir » simplement à leur « gourou ».

Vendeurs d’illusions, ayant une véritable emprise sur leurs « ouailles », les évangélistes sont souvent au centre de nombreux scandales. Divers témoignages évoquent des cas de viol, séquestration, escroquerie en tout genre, tentative de déstructuration des familles, harcèlement, voire de meurtre ou tentative de meurtre. Ou encore de complicité de meurtre lorsque des fidèles malades meurent faute de soins médicaux, sur instruction des pasteurs qui recommandent la seule prière, Dieu étant réputé être le plus grand des médecins. En Côte d’Ivoire, un fait divers libidinal a récemment fait la une de certains journaux dont on aurait ri si le chaud lapin n’était pas un homme de Dieu : un « prophète » qui couche avec ses fidèles dont des femmes mariées et une femme enceinte ! Ils sont nombreux à alimenter la rubrique faits divers des journaux ivoiriens. Entre scandales sexuels, escroquerie et chantage moral.

Adrienne Adou, jeune femme d’affaires prospère dans la capitale économique ivoirienne raconte : « J’avais fait part au pasteur de mon désir d’enfant. Après des séances de prières et de jeûne, il m’a dit un jour qu’il devait faire une prière spéciale, sa poitrine contre la mienne. J’ai dit non. Quelques jours plus tard, une fidèle m’a dit avoir eu une révélation me concernant. A l’en croire, mon mari n’est pas l’homme que Dieu m’a destiné. Ce fut le coup de trop. J’ai quitté cette Eglise. » Un cas — le départ d’une « Eglise de réveil » — souvent rare, malheureusement.

Une autre Ivoirienne, M.J., cadre dans une multinationale, n’a pas eu cette chance. Elle est décédée il y a cinq ans. Ses parents accusent son époux de l’avoir tuée. Cette jeune femme avait coupé tous liens avec sa famille avant d’épouser son pasteur. « Un pasteur du diable qu’elle a logé, nourri et blanchi pendant des années. Puis elle a sombré dans la démence avant de rendre l’âme. Elle était la deuxième épouse de cet homme qui mourrait de cette façon », soulignent ses parents.

Face à l’inaction des pouvoirs publics, et faute de développement digne de ce nom pour sortir les populations de la misère, laissant le soin aux évangélistes de donner « l’espoir que l’on peut guérir ou sortir de la pauvreté rien qu’en croyant en Dieu et en pratiquant », comme le souligne Magloire Somé, professeur à l’université de Ouagadougou (lire interview p. 68), il est à craindre que les « Eglises de réveil » aient encore de beaux jours devant elles, avec des conséquences encore insondables. Comme les voies du Seigneur !

Par Laure Atmann

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