Louis Michel : la communauté internationale n’acceptera pas d’être menée en bateau une fois de plus !

À cœur ouvert avec Louis Michel : la communauté internationale n’acceptera pas d’être menée en bateau une fois de plus !

Celui qui avait le plus contribué dans la reconnaissance internationale de la légitimité de l’actuel président congolais Joseph Kabila en 2001, celui qui « aime » le peuple congolais comme si c’était ses compatriotes, celui qui, dans la sphère des « faiseurs des dieux et des diables »  a son mot à dire,  s’est ouvert à Rodriguez Katsuva, journaliste et blogueur de Habari RDC lors d’un vol en avion.

Pendant plus d’une demi-heure d’entretien, cet eurodéputé et ancien vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères belge entre 1999 et 2004 raconte sa rencontre avec Mzee Kabila, puis avec le fils. S’il pense que Kabila est le « plus mauvais communicateur politique qu’il connaisse » et qu’il « n’aime pas la confrontation directe » il pense aussi que Kabila ne se représentera plus aux élections, mais qu’il trouvera un dauphin. Louis Michel qui avait cru en Kabila en 2001, ne se dit pas « déçu » de lui, même si les choses ne se sont pas passées telles qu’il l’espérait quand il l’avait soutenu jusque pendant la transition de 2003. L’eurodéputé pense qu’il y aura des élections cette année en RDC et qu’il faut seulement 5 ans pour que le pays de Lumumba soit la première puissance africaine, si un meilleur dirigeant était élu. L’entretien nous est racontée par Rodriguez Katsuva.

Pendant la transition de 2003, Kabila avait grandi

Je n’en revenais pas quand, en prenant mon siège en classe business, mon voisin direct était cet homme avec sa calvitie très reconnaissable, ses yeux pénétrants et son nez caractéristique. Il était exactement comme je le voyais dans plusieurs documentaires ou reportages. Louis Michel ! Au pays on dit que c’est lui qui avait placé Kabila comme président pour remplacer son père assassiné.

Ce fut d’ailleurs ma première question après m’être présenté comme journaliste : Louis Michel, êtes-vous celui qui a imposé Kabila comme président ?  Il me répond que non, mais que c’était lui qui avait travaillé pour sa légitimité populaire en le faisant voyager et le présentant aux autres : « Le seul rôle que j’ai eu c’est de trouver à Kabila une légitimité populaire, une légitimité virtuelle mais très forte car il n’en avait pas ! La seule façon de le faire était donc de le faire rencontrer d’abord Jacques Chirac à l’époque. Et j’ai longtemps été content de ce que j’avais fait, car pendant cette transition de 3,4 ans il avait grandi. Certes aujourd’hui on peut me reprocher de lui avoir donné cette légitimité, mais ceux qui me le reprochent doivent m’expliquer ce qu’il aurait fallu faire d’autre ! », une petite inspiration puis il poursuit : « Jusque 2006 il a joué un rôle positif, et il était quelqu’un qui savait entendre. Pas simplement écouter. Cependant, il n’acceptait pas l’ingérence ! Ce qu’il aimait faire avec moi, c’était de capter mes analyses basées sur mon expérience de la communauté internationale. Donc j’ai vraiment cru en lui pendant cette période ! »

Le défaut de Kabila : c’est le plus mauvais communicateur politique que je connaisse

Utilisant sa manière particulière d’articuler ses phrases, Louis Michel poursuit : « Il a un problème Kabila, c’est un homme qui a une grande difficulté à communiquer, c’est le plus mauvais communicateur politique que je connaisse. Il a une sorte de réserve qui ressemble à de la timidité. » Et moi je lui dis : Mais il a récemment animé un point de presse où il a même fait des blagues et de l’humour, il s’améliore sûrement ?

« Il a fait quelques petits progrès oui, répond le diplomate belge, mais c’est quelqu’un qui n’aime pas la confrontation directe. Si Bemba avait été à sa place, il serait un homme adulé » !

En 2006, Louis Michel voulait Etienne Tshisekedi comme président de la République

« En 2006 je parlais avec Joseph Kabila, je parlais aussi avec tous les autres opposants classiques comme Bemba et Tshisekedi. Je regrette que Tshisekedi n’ait pas accepté d’être candidat à la première élection démocratique de 2006, il avait toutes ses chances. Moi j’étais allé le trouver personnellement pour qu’il soit candidat. Donc attendu que j’avais installé Kabila en 2001 – et je regrette que les choses, après, aient évolué comme ça -Tshisekedi avait une chance parce qu’à l’époque c’était une élection à deux tours, et que tous les opposants étaient prêts à se ranger derrière lui. C’était un vieux combattant démocrate Tshisekedi. Donc c’aurait été le mano à mano entre Kabila et Tshisekedi. Or ce dernier était le patron de l’UDPS, parti qui dominait la scène politique congolaise, surtout dans la capitale Kinshasa. Alors je me disais que si c’était finalement un résultat juste-juste, on verrait comment pousser les deux (Kabila et Tshisekedi) vers une alliance. Malheureusement Tshisekedi n’avait pas postulé, Bemba se lança, et fut vaincu. » 

Pour Louis Michel, la communauté internationale n’acceptera pas que Kabila reste après 2018, et il y aura élections

J’ai, après, demandé au diplomate belge si d’après son expérience avec le Congo, il y aurait réellement des élections cette année.

« Je ne peux pas être sûr à 100%, mais je pense qu’il y aura des élections parce qu’un certain nombre d’éléments confortent cette idée. L’enregistrement des électeurs a été fait, les lois électorales ont été votées et promulguées, et d’ici fin mars ou début avril, la loi sur la répartition des sièges sera votée et c’est la dernière chose à faire. Après cela, il n’y aura « aucun prétexte » pour ne pas organiser les élections. D’ailleurs je pense la communauté internationale n’acceptera plus d’encore être menée en bateau ! »

Selon lui, le scenario le plus plausible maintenant est que Kabila va chercher un candidat proche de lui. Mais qu’il ne sera pas du tout candidat. On peut aussi imaginer un scenario à la Poutine-Medvedev (un dauphin qui le nommerait Premier ministre).

Cinq ans et un bon dirigeant pour faire de la RDC la première puissance africaine

Louis Michel avait cru en Kabila en 2001, mais la suite des événements après 2006 s’est avérée moins bonne que pendant la transition. Juste après, les choses n’ont pas évolué « comme ils l’avaient espéré » mais il ne regrette rien. Il est convaincu que dans 5 ans, avec un bon dirigeant qui luttera prioritairement contre la corruption, le Congo est un pays qui se redressera « facilement » et sera la première puissance africaine, loin devant l’Afrique du Sud.

 

Vous pouvez lire aussi :

https://habarirdc.net/colette-braeckman-willy-mishiki-un-affabulateur/

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s